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Fake news, complotisme : comment lui apprendre Ă  distinguer le vrai du faux ?

Article publié le 26 octobre 2020 (mis à jour le 05 mars 2024) - 0 commentaires
3 minutes
Aider son ado Ă  ne pas croire tout ce qu’il voit ou tout ce qu’il lit est donc devenu un enjeu Ă©ducatif de premier plan, mais comment faire ?
Laëtitia Leroy

Laëtitia Leroy

Responsable du service pédagogie Acadomia

En 2016, l’universitĂ© amĂ©ricaine de Stanford publiait les rĂ©sultats d’une Ă©tude alarmante sur la facilitĂ© avec laquelle les jeunes peuvent ĂȘtre dupĂ©s par des informations fantaisistes ou mensongĂšres. Des conclusions d’autant plus inquiĂ©tantes que l’écrasante majoritĂ© d’entre eux s’informent sur les rĂ©seaux sociaux, oĂč pullulent fake news, deep fakes et autres thĂ©ories sensationnalistes. Aider son ado Ă  ne pas croire tout ce qu’il voit ou tout ce qu’il lit est donc devenu un enjeu Ă©ducatif de premier plan, mais comment faire ?

Se mettre d’accord sur les mots

Le mot « critique », dans son usage courant, est souvent perçu comme quelque chose de nĂ©gatif. ​On peut donc commencer par prĂ©ciser que l’esprit critique n’est pas un Ă©tat d’esprit qui viserait Ă  dĂ©nigrer systĂ©matiquement, Ă  « dire du mal » par principe, en quelque sorte. Faire preuve d’esprit critique, c’est suspendre momentanĂ©ment son jugement (Ă  propos de ce que l’on voit, entend, lit et parfois mĂȘme ce que l’on pense) pour prendre le temps d’examiner les Ă©lĂ©ments qui permettront de porter un jugement Ă©clairĂ©.  Et de dĂ©cider quelle valeur peut ĂȘtre accordĂ©e Ă  telle information, thĂ©orie, opinion


Prévenir tout excÚs

L’esprit critique est un peu comparable Ă  un filtre, qui permet de faire le tri entre les informations que l’on tient pour valables et les autres. Quand on apprend en quelque sorte Ă  « calibrer » son propre filtre, il faut se garder de deux tentations contraires : tout rejeter ou tout garder.

Ainsi rejeter systĂ©matiquement tout ce qui paraĂźt trop Ă©tonnant, incroyable ou tout ce qui est trop dĂ©sagrĂ©able Ă  son opinion personnelle n’est pas faire preuve critique mais de rigiditĂ© de pensĂ©e.​ À l’inverse, faire preuve d’une trop grande souplesse intellectuelle et refuser de trancher, douter de tout par principe, prĂŽner un relativisme total, est Ă©galement l’opposĂ© de l’esprit critique.

Se défier des biais cognitifs

Un biais cognitif, c’est un mĂ©canisme de pensĂ©e rapide et automatique qui ne se fonde pas forcĂ©ment sur des principes rationnels. ​Chacun a par exemple tendance Ă  privilĂ©gier les informations confirmant ses convictions et Ă  nĂ©gliger voire Ă  discrĂ©diter celles qui les contredisent : il s’agit du biais de confirmation. C’est pourquoi il est important d’apprendre Ă  multiplier ses sources afin de pas s’enfermer dans une « bulle » informative. ​ Le biais de disponibilitĂ© consiste quant Ă  lui Ă  nous baser sur les renseignements immĂ©diatement disponibles Ă  notre mĂ©moire, souvent les plus rĂ©cents, sans chercher Ă©clairer la question sous un angle plus objectif.  Prendre du recul et envisager l’information de façon dĂ©passionnĂ©e est un moyen de lutter contre ce biais, en particulier sur les sujets Ă  forte charge Ă©motionnelle.​

Distinguer les faits de opinions

Les ados ont souvent des difficultĂ©s Ă  faire la diffĂ©rence entre un fait, c’est-Ă -dire un Ă©lĂ©ment rĂ©el qu’on peut situer dans l’espace et le temps, et leur avis personnel, donc absolument subjectif et contestable, Ă  propos de ce fait.  On peut Ă©galement faire une distinction entre une opinion et une interprĂ©tation : l’opinion n’est pas nĂ©cessairement fondĂ©e sur des faits (par exemple, trouver ou non tel vĂȘtement joli), alors que l’interprĂ©tation s’appuie forcĂ©ment sur des faits.

Et surtout, toujours se poser 5 questions face Ă  une information

Pour repĂ©rer une fake news, habituez avant tout votre ado Ă  se demander qui est l’auteur, de quoi il est question exactement, de quand date l’information et d’oĂč elle provient, comment elle est prĂ©sentĂ©e et pourquoi elle est publiĂ©e. Dites-lui de faire particuliĂšrement au :

  • Qui : si l’auteur de l’information n’est pas identifiable, si celui-ci ne fait que relayer une information prise sur un autre site ou s’il n’a aucune compĂ©tence dans le domaine de connaissances qu’il aborde, on se mĂ©fie !
  • Quoi : les ados (et pas seulement eux) ne vont parfois pas plus loin qu’un titre accrocheur, et ne lisent pas l’information en dĂ©tail. Avant de partager ou de relayer, il faut ĂȘtre bien sĂ»r du contenu et vĂ©rifier les sources. S’il n’y en pas, la prudence est de mise.
  • Quand, oĂč : vous trouverez facilement des exemples de fakes news fondĂ©es sur des photos prises Ă  tout autre moment oĂč dans un tout autre endroit que ceux auxquels l’information supposĂ©e faisait rĂ©fĂ©rence. Apprendre Ă  ne pas prendre une simple photo pour une preuve irrĂ©futable est important, car c’est souvent sur ce type de manipulation que se fondent les informations malveillantes.
  • Comment : c’est le moment de mettre Ă  profit les cours de français et de montrer que la façon dont une information est prĂ©sentĂ©e et rĂ©digĂ©e en dit beaucoup sur son degrĂ© de sĂ©rieux !
  • Pourquoi : le but dans lequel une information est publiĂ©e n’est pas toujours bien compris; quelques sites pourtant connus pour ĂȘtre parodiques, comme le Gorafi, ont souvent vu leurs informations prises au sĂ©rieux, parfois mĂȘmes par d’autres mĂ©dias… Pour lever le doute, on regarde les autres publications du site.

Proposer des outils  

S’il est si tentant de cĂ©der au sensationnalisme d’une information, c’est qu’il peut ĂȘtre difficile de la rĂ©futer. Si votre ado ne veut pas dĂ©mordre de la derniĂšre thĂ©orie Ă  la mode, ces quelques sites pourront vous aider Ă  mettre au jour les incohĂ©rences, les info obsolĂštes ou caricaturales.​

  • Hoakbuster, site Web collaboratif qui vĂ©rifie les rumeurs circulant sur le Web
  • Hoakiller, moteur de recherche pour vĂ©rifier le texte d’un message ou d’une publication suspecte.
  • YouTube data viewer, outil proposĂ© par Amnesty international pour savoir si une vidĂ©o a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© utilisĂ©e, par qui et comment. Fonctionne uniquement avec les vidĂ©o You Tube.
  • Google image ou TinEye permettent de faire une recherche inversĂ©e pour trouver la source d’une photo. ​
  • Enfin (pour les lycĂ©es dĂ©jĂ  un peu aguerris) les chaĂźnes YouTube « HygiĂšne Mentale » et « La tronche en biais » proposent des cours d’« auto-dĂ©fense intellectuelle »
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