De quoi parle-t-on avec la nouvelle orthographe ?
Évènement, portemonnaie, weekend, compte-gouttes… vous avez sĂ»rement dĂ©jĂ croisĂ© des façons variables d’Ă©crire ces mots. La dernière grande « rĂ©forme » proposĂ©e en 1990 (voilĂ 35 ans, tout de mĂŞme) se diffuse progressivement, tout en cohabitant avec des formes plus anciennes d’orthographe. Ces modifications timides reviennent frĂ©quemment sur le devant de la scène et s’illustrent parfaitement dans les manuels des cours de français. En effet, certains ouvrages privilĂ©gient des formes nouvelles, alors que d’autres conservent une orthographe plus traditionnelle.
Cet article vous accompagne pour comprendre ce qu’a rĂ©ellement changĂ© la dernière rĂ©forme orthographique et ce qu’elle apporte Ă notre langue. L’objectif : vous permettre d’y voir clair, loin des polĂ©miques.
Une langue vivante : changer l’orthographe n’a rien de nouveau
Contrairement Ă ce que l’on imagine parfois, la stabilitĂ© de l’orthographe française est un phĂ©nomène rĂ©cent. Pendant des siècles, la langue Ă©crite n’était pas normalisĂ©e. Les textes mĂ©diĂ©vaux et de l’Ă©poque moderne montrent une grande variation : un mĂŞme mot pouvait s’écrire de plusieurs manières dans un mĂŞme document, selon le scribe, la rĂ©gion ou la tradition locale.
Le rĂ´le de l’AcadĂ©mie française
L’Académie française, fondée au XVIIᵉ siècle, n’a pas figé la langue d’un trait de plume : elle a progressivement fixé certaines règles, puis en a modifié d’autres. Les éditions successives du fameux Dictionnaire témoignent d’ajustements réguliers : suppression de consonnes doublées, nouvel équilibre entre étymologie et prononciation, adaptation des emprunts, etc.
C’est prĂ©cisĂ©ment cette dynamique qui explique la rĂ©forme de 1990. Non pour bouleverser la langue, mais pour corriger diverses anomalies, des incohĂ©rences devenues trop nombreuses, des graphies difficiles Ă justifier pĂ©dagogiquement, amĂ©liorer son orthographe et tout simplement, suivre une Ă©volution des habitudes d’Ă©critures.
Pourquoi une rĂ©forme de l’orthographe en 1990 ?
En 1990, le Conseil supérieur de la langue française propose une série de recommandations pour harmoniser, simplifier et clarifier certaines règles orthographiques. L’Académie française valide ces propositions le jour même. Rien n’a été imposé : il s’agit d’une réforme facultative, conçue pour être progressivement adoptée par l’usage.
Le ministère de l’Éducation nationale a ensuite intĂ©grĂ© la nouvelle orthographe dans ses programmes scolaires : depuis 2008, le Bulletin officiel prĂ©cise que les deux graphies sont correctes, et qu’aucune ne peut ĂŞtre pĂ©nalisĂ©e dans un devoir.
Cette approche souple explique la coexistence actuelle : la langue évolue, mais sans rupture, sans obligation et sans bouleversement.
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Des changements de langue qui se répercutent dans les diverses éditions de dictionnaires
Les évolutions du français ne se manifestent pas uniquement par des réformes orthographiques : elles se voient aussi très concrètement dans les nouveaux mots admis chaque année par les grands dictionnaires (Larousse, Le Robert). Ces entrées révèlent l’attention portée par les maisons d’édition à l’usage réel des locuteurs et aux transformations de la société.
Petit florilège des derniers ajouts en 2025 et 2026
L’intégration de termes comme « capé », anglicisme désormais utilisé pour désigner une personne qualifiée dans son domaine, ou « dramédie », qui nomme ces œuvres mêlant comédie et drame, illustre l’ouverture du français aux influences culturelles et médiatiques.
D’autres ajouts traduisent des prĂ©occupations contemporaines : « écogeste », qui valorise les actions quotidiennes pour rĂ©duire notre impact environnemental, ou « potabiliser » (rendre l’eau potable), se rĂ©pand dans les discussions liĂ©es Ă l’eau et Ă la santĂ© publique.
NumĂ©rique et sport Ă l’honneur
Le numĂ©rique a Ă©galement apportĂ© ses mots, comme « like », marqueur d’approbation devenu incontournable dans les Ă©changes en ligne, ou encore « bot », ces programmes informatiques souvent basĂ©s sur l’IA (intelligence artificielle).
Enfin, l’apparition de « paralympien », de « cécifoot » ou de « badiste » témoigne d’un souci de précision et de reconnaissance pour les athlètes dans toute leur singularité, y compris le handicap.
Ces nouveaux termes montrent que le français évolue naturellement, au rythme des usages, des innovations et des besoins du monde actuel.
Voyons à présent ce que les changements orthographiques préconisés en 1990 changent concrètement.
Qu’est-ce que la nouvelle orthographe française modifie vraiment ? Quels sont les mots qui ont changé ?
La rĂ©forme de 1990 ne modifie pas les bases de l’orthographe moderne, ni les règles gĂ©nĂ©rales. D’ailleurs, elle touche Ă peine 2000 mots. Une paille. De fait, elle intervient sur des zones limitĂ©es, mais significatives. Ses objectifs sont simples et mesurĂ©s :
- Cohérence graphique.
- Simplification de familles de mots.
- Régularisation de certains pluriels.
- Unification des traits d’union et des soudures.
- Adaptation de certaines conjugaisons.
Les accents graves, aigus et circonflexes : simplification et cohérence
Certaines graphies perdaient en cohĂ©rence : pourquoi conserver un accent circonflexe lorsqu’il n’avait aucun rĂ´le distinctif ? Pourquoi deux formes diffĂ©rentes d’accents dans la mĂŞme famille de mots ?
Voici quelques exemples d’ajustements logiques.
| Type d’accent | Avant | Après |
|---|---|---|
| Accent circonflexe retiré | coût | cout |
| Accent circonflexe retiré | abîme | abime |
| Accent circonflexe retiré | traîne | traine |
| Accent accent grave plutôt que aigu | événement | évènement |
| Accent accent grave plutôt que aigu | réglementaire | règlementaire |
| Accent accent grave plutôt que aigu | je céderai | je cèderai |
À noter : les mots conservant leur accent circonflexe sont ceux pour lesquels la distinction de sens est nécessaire, comme « sûr » vs « sur », « jeûne » vs « jeune », « dû » vs « du », ou encore « côte » vs « cote ».
Les trémas : un placement plus logique
La réforme préconise de repositionner le tréma sur la voyelle à prononcer distinctement pour que le lecteur identifie immédiatement la prononciation correcte.
Ainsi :
- Aiguë devient aigüe
- Ciguë devient cigüe
Il est, par ailleurs, proposĂ© de rajouter un trĂ©ma sur certains mots dont la prononciation est ambigĂĽe (ou ambiguĂ«, selon l’ancienne forme), comme :
- Arguer → argüer
- Gageure → gageüre
Francisation de mots empruntés
Certains noms communs Ă©trangers passĂ©s dans notre langue courante voient leur façon d’ĂŞtre Ă©crite plus adaptĂ©e Ă la nĂ´tre (adaptations alphabĂ©tiques, accents, terminaisons, etc.)
Parmi eux, on a :
- Maelström → maelstrom
- Brasero → braséro
- Leader → leadeur
- Lychee ou letchi → litchi
Les pluriels sont aussi adaptĂ©s Ă l’usage français, comme pour les mots d’origine italienne (un imprĂ©sario → des imprĂ©sarios ; un scĂ©nario → des scĂ©narios) ou anglosaxonne (un box → des box ; un match → des matchs).
Les pluriels des mots composés : une règle simplifiée
Les pluriels traditionnels dĂ©pendaient d’une logique historique souvent obscure. La nouvelle orthographe propose une modification simple pour les noms composĂ©s d’un verbe/prĂ©position + nom : on met la marque du pluriel uniquement sur le deuxième mot et exclusivement lorsqu’il est au pluriel. C’est par exemple le cas pour :
| Avant | Après |
|---|---|
| Un compte-gouttes / des compte-gouttes | Un compte-goutte (sans -s) / des compte-gouttes |
| Un après-midi / des après-midi | Un après-midi / des après-midi (avec -s) |
Quelques exceptions logiques : on Ă©crit un sèche-cheveux, car on en sèche toujours plusieurs), ou encore, des abat-jour (sans -s au pluriel, car c’est le jour et non des jours qui sont abattus).
La soudure de mots courants : une évolution naturelle
Quand deux mots fonctionnent comme une seule unité de sens, il est logique de proposer de les souder, surtout lorsque l’usage s’oriente dans cette direction. Voici quelques exemples :
| Avant | Après |
|---|---|
| tic-tac | tictac |
| week-end | weekend |
| porte-monnaie | portemonnaie |
| sage-femme | sagefemme |
| tire-bouchon | tirebouchon |
| a priori | apriori |
| ex libris | exlibris |
De plus peuvent, entre autres, s’Ă©crire en un seul mot les mots composĂ© de :
- Préfixes latins tels intra- ou ultra-.
- Préfixes comme contre- et entre-.
- Onomatopées ou assimilées.
- Noms d’origines Ă©trangères.
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Certains pluriels usuels modernisés
Les mots empruntés ou rares présentaient des pluriels difficiles à mémoriser. La nouvelle orthographe opte pour la simplicité.
| Ancienne orthographe | Nouvelle orthographe |
|---|---|
| des matches | des matchs |
| des misses | des miss |
| des frisottis | des frisotis |
Rectification de quelques anomalies…
…que chacun peut choisir de rectifier, ou pas.
- Oignon → ognon
- Nénuphar → nénufar
- Imbécillité → imbécilité (comme imbécile)
- Boursoufler → boursouffler (comme souffler)
- Chariot → charriot (comme charrette)
- Lunettier → lunetier (plus de consonne double derrière le e muet)
- Interpeller → interpeler (idem)
- Joaillier → joailler (i muet supprimé)
- Serpillière → serpillère (idem)
Une réforme non-obligatoire, mais encouragée
En France, la nouvelle orthographe est reconnue officiellement, mais elle ne remplace pas l’ancienne. Les deux formes sont correctes. Un élève, un étudiant ou un professionnel ne peut ainsi pas être pénalisé pour avoir préféré une graphie plutôt qu’une autre.
Cette liberté est essentielle : elle permet une transition douce et respectueuse des habitudes linguistiques.
Les manuels scolaires récents adoptent majoritairement la nouvelle orthographe. Les correcteurs orthographiques numériques l’intègrent également. L’usage finira par trancher entre les différentes suggestions, comme toujours dans l’histoire de notre langue.
Ă€ retenir
- La nouvelle orthographe n’est pas une rupture : elle poursuit les évolutions naturelles du français. Son adoption est progressive, non obligatoire, portée par les usages et les outils numériques.
- Les modifications proposées visent une plus grande cohérence et simplifient l’apprentissage sans appauvrir la langue.
- Les deux orthographes, traditionnelle et nouvelle, sont officiellement correctes.
- Le français reste une langue vivante, riche, structurée qui, comme toute langue vivante, évolue dans le temps.
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Les réponses à vos questions
La nouvelle orthographe supprime l’accent circonflexe sur les lettres i et u lorsqu’il ne change ni la prononciation ni le sens du mot. L’accent est conservé uniquement lorsqu’il évite une confusion comme dans mûr ou dû.
Dresser ici la liste de tous les mots concernĂ©s serait long et fastidieux. En voici nĂ©anmoins quelques-uns non encore Ă©voquĂ©s dans l’article ci-dessus : aout, boite, croute, huitre, ile, maitresse, traine, traitre, voute.
Château et gâteau ne changent pas. En revanche, aout (et les mots qui en découlent comme aoûtien ou aoûté) peut ne pas avoir son accent circonflexe. Par cohérence, nous recommandons dans un même texte de conserver toujours la même orthographe.