25 expressions françaises courantes

Article publiĂ© le 19 mai 2025 (mis Ă  jour le 01 juin 2026) – par SĂ©bastien Larousse
7 minutes

La langue française est truffĂ©e d’expressions imagĂ©es qui n’en facilitent pas toujours la comprĂ©hension. Imaginez une personne entendant « Il est tombĂ© dans les pommes ! » Quelle vision Ă©trange ! Est-il tombĂ© dans un panier de fruits ? Non, il s’est simplement Ă©vanoui. Ces tournures de phrases, appelĂ©es expressions idiomatiques, ne sont donc pas Ă  prendre au pied de la lettre. Elles s’apprennent tout au long de la vie au fil des conversations, des lectures, ou encore des cours de français. Elles sont le reflet de l’histoire, des coutumes et de la culture française. Et pour en faire le tour, il y a du pain sur la planche ! Aussi irons-nous droit au but avec quelques exemples qui, plus que d’autres, ont fait mouche dans notre esprit.

Aller plus loin sur le sujet avec l’IA

Expressions imagées célèbres

Ces expressions font partie de celles que l’on utilise le plus souvent dans notre vie quotidienne. Toutes les langues vĂ©hiculent ce genre de phrases ou de pĂ©riphrases. Les expressions idiomatiques en anglais sont, par exemple, particulièrement savoureuses.

1- Tomber dans les pommes

Sens : s’évanouir.

L’expression viendrait de l’écrivain George Sand, qui employait « être dans les pommes cuites » pour désigner une grande fatigue. Le terme aurait ensuite été raccourci en « tomber dans les pommes ».

2- Avoir le cœur sur la main

Sens : être généreux.

Cette expression date du XVIIᵉ siècle et repose sur l’idĂ©e de donner spontanĂ©ment son cĹ“ur, symbole d’amour et de bienveillance, comme si on l’offrait dans sa main. On peut la rapprocher de « mettre du cĹ“ur Ă  l’ouvrage« , autre locution imagĂ©e, indiquant que l’on fait avec zèle, amour et conviction son travail.

3- Mettre les pieds dans le plat

Sens : aborder un sujet délicat sans tact.

Elle vient du monde de l’équitation. Mettre brutalement le pied dans une flaque d’eau ou dans un plat (au sens figuré) signifie causer un malaise ou briser une discussion avec une remarque maladroite.

4- Casser du sucre sur le dos de quelqu’un

Sens : dire du mal de quelqu’un en son absence.

L’idée de râper et d’user quelque chose sur le dos de quelqu’un symbolise la médisance. Cette expression idiomatique remonterait au XIXᵉ siècle, où le sucre était râpé avant d’être utilisé.

5- Battre la chamade

Sens : avoir le cœur qui s’emballe sous l’effet d’une émotion.

Le mot chamade désignait autrefois un roulement de tambour indiquant la reddition d’un camp militaire. Par extension, un cœur qui bat fort est assimilé à ce battement rapide.

6- Dans le plus simple appareil

Sens : ĂŞtre nu.

L’expression remonte au XVIIIᵉ siècle et joue sur le mot « appareil », qui dĂ©signe alors l’habillement ou l’apparence, le « haut appareil » dĂ©signait mĂŞme au XVIᵉ siècle l’armure complète. Cette expression est donc une figure de style antinomique, car cet oxymore allie deux mots de sens contraire : simple et appareil.

7- C’est la goutte d’eau qui fait dĂ©border le vase

Sens : le détail qui rend une situation insupportable.

Cette expression est une des plus parlantes de la langue française, et peut ĂŞtre associĂ©e Ă  d’autres, signifiant peu ou prou la mĂŞme chose : « en avoir ras le bol » et « la coupe est pleine« .

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Expressions populaires anciennes

Nombre d’exemples citĂ©s tout au long de notre article remontent loin dans le temps. Ils ont Ă©tĂ© transmis par tradition orale (par exemple d’une grand-mère au verbe haut Ă  ses petits-enfants attentifs) avant d’ĂŞtre figĂ©s dans des livres.

8- À tout bout de champ

Sens : tout le temps, sans cesse.

L’expression vient du monde agricole : un champ étant une unité de mesure de terrain, elle évoque l’idée d’une action répétée à chaque changement de champ.

9- ĂŠtre dans de beaux draps

Sens : ĂŞtre dans une situation difficile.

Au Moyen Âge, les draps désignaient les vêtements. Être dans de beaux draps signifiait être vêtu de vêtements sales ou en mauvais état, ce qui était signe de déchéance ou de problème.

10- Ménager la chèvre et le chou

Sens : essayer de satisfaire tout le monde, même quand c’est impossible.

L’expression fait rĂ©fĂ©rence Ă  une Ă©nigme mĂ©diĂ©vale : un paysan doit traverser une rivière avec une chèvre, un chou et un loup, sans qu’aucun ne se fasse manger durant l’opĂ©ration. Combien de trajets doit-il accomplir pour ce faire ?* RĂ©ponse en bas de l’article.

11- Se tourner les pouces

Sens : ne rien faire.

Cette expression du XVIIIᵉ siècle Ă©voque le geste machinal des pouces qui tournent lorsqu’on s’ennuie et que l’on n’a rien d’utile Ă  faire. Par exemple, quand on prĂ©fère compter les mouches qui volent, plutĂ´t que de rĂ©pondre Ă  une question de son professeur de soutien scolaire…

12- Faire l’école buissonnière

Sens : ne pas aller à l’école sans autorisation.

Au XVIᵉ siècle, la « buissonnière » Ă©tait une sorte d’Ă©cole clandestine qui, au temps de la RĂ©forme et des guerres de religion, rĂ©pandait les idĂ©es de Luther. Le sens a un peu changĂ© depuis ce temps, car alors, faire l’Ă©cole buissonnière consistait Ă  s’y rendre, quand bien mĂŞme ce dispositif n’Ă©tait pas bien vu des autoritĂ©s ecclĂ©siastiques d’alors.

13- Avoir un âge canonique

Sens : être très âgé.

Origine : L’expression vient du droit canonique de l’Église catholique, qui fixait autrefois un âge minimum pour accĂ©der Ă  certaines fonctions ecclĂ©siastiques. Par extension, cela dĂ©signe quelqu’un de très âgĂ©. Ainsi, selon le droit canon, la bonne du curĂ© devait ĂŞtre âgĂ©e d’au moins 40 ans (ce qui, Ă  l’Ă©poque Ă©tait un âge avancĂ©). Promis, nous ne mettons pas ce genre de limite d’âge aux personnes que nous accompagnons chez Acadomia !

Expressions idiomatiques drĂ´les ou loufoques

Peut-on rire de tout ou trouver certaines situations désopilantes ? La réponse semble être oui, avec ces quelques expressions françaises courantes.

14- Ne pas avoir la lumière à tous les étages

Sens : manquer d’intelligence.

Cette métaphore qui compare l’intelligence à une maison éclairée. Si certaines pièces restent sombres, c’est que la réflexion est incomplète. Il en existe de multiples variantes comme « ne pas être le couteau le plus affûté du tiroir« .

15- Se fendre la poire

Sens : rire aux éclats.

La poire Ă©tait un ancien terme argotique pour dĂ©signer la tĂŞte. L’image de fendre sa poire Ă©voque donc une bouche grande ouverte par le rire. Le cĂ©lèbre illustrateur Daumier s’est complu dans ses caricatures Ă  reprĂ©senter certains puissants de son Ă©poque sous la forme de poire. Il devait bien se la fendre !

16- Amuser la galerie

Sens : divertir tout le monde avec exagération.

L’expression vient du théâtre du XVIIᵉ siècle, oĂą les places les moins chères se trouvaient dans la galerie, c’est-Ă -dire, les balcons en encorbellement. Les comĂ©diens en faisaient souvent trop pour capter leur attention.

17- C’est du pipeau

Sens : c’est un mensonge ou une supercherie.

Le pipeau était une petite flûte utilisée pour attirer les oiseaux dans des pièges, ce qui illustre assez bien l’idée de tromperie.

18- ĂŠtre plein aux as

Sens : être très riche.

L’expression vient du jeu de cartes, oĂą avoir plusieurs as est signe de force et de richesse, notamment au poker oĂą il y a le full aux as. C’est de fait un vrai atout au jeu.

19- À tire-larigot

Sens : en grande quantité, beaucoup.

Aujourd’hui disparu, le larigot Ă©tait une flĂ»te rustique. L’origine de l’expression est un peu mystĂ©rieuse, mais se retrouve frĂ©quemment dans des chansons Ă  boire d’antan, oĂą l’on « siffle » bouteille sur bouteille. La flĂ»te dĂ©signe aussi des verres Ă  alcool. Le lien entre la flĂ»te et l’ivresse signe d’abondance ne date pas d’hier, vu que dans la mythologie, le dieu du vin Bacchus est souvent associĂ© Ă  Pan jouant de la… flĂ»te.

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Expressions avec des animaux

AssurĂ©ment, la langue française regorge d’expressions impliquant nos amis Ă  plumes, Ă  poils et Ă  Ă©cailles. Petit florilège.

20- Poser un lapin

Sens : ne pas venir Ă  un rendez-vous.

Au XIXᵉ siècle, poser un lapin signifiait ne pas payer une prostituĂ©e après un service. L’expression a Ă©voluĂ© vers le sens actuel d’un rendez-vous manquĂ©. C’est moins brutal que de se faire le coup du lapin (recevoir un choc violent sur les cervicales).

21- ĂŠtre tĂŞtu comme une mule

Sens : être obstiné.

Les mules sont rĂ©putĂ©es pour leur entĂŞtement et refusent souvent d’obĂ©ir si elles ne le veulent pas. D’oĂą l’expression. D’autres expressions se concentrent sur cet animal : « être chargĂ© comme une mule/un baudet » (ĂŞtre très chargĂ©), « faire tourner en bourrique » (faire enrager quelqu’un).

22- Donner sa langue au chat

Sens : renoncer à trouver la réponse à une devinette ou une question.

Autrefois, on disait « jeter sa langue aux chiens » pour obtenir une rĂ©ponse. Le chat, plus mystĂ©rieux et rusĂ©, a ensuite remplacĂ© le chien dans l’expression. On retrouve cet animal dans nombre d’autres phrases : « Chat Ă©chaudĂ© craint l’eau froide » (apprĂ©hender de revivre une mauvaise expĂ©rience), « avoir un chat dans la gorge » (ĂŞtre enrouĂ©), « il n’y a pas un chat » (il n’y a personne)…

23- Avaler des couleuvres

Sens : accepter des choses humiliantes sans protester.

Les couleuvres Ă©tant des serpents inoffensifs, l’image de les avaler sans broncher illustre une situation oĂą l’on subit sans rĂ©agir. Ă€ l’inverse, les vipères peuvent mordre, ce qui est, d’une certaine façon le cas des langues de vipère (personnes mĂ©disantes).

24- Avoir le cafard

Sens : être triste ou déprimé.

L’expression a Ă©tĂ© popularisĂ©e au XIXᵉ siècle par Charles Baudelaire dans Les Fleurs du Mal. Dans son sonnet « La Destruction », il compare la mĂ©lancolie Ă  des insectes (les cafards) envahissant l’esprit. Expression Ă  rapprocher, par exemple, de « avoir le bourdon » (dĂ©signant ici tant l’insecte et son vrombissement, que la sonnerie sourde des cloches).

On pourrait complĂ©ter la liste avec tant d’autres tournures tĂ©moignant de la relation de l’homme Ă  l’animal (et tous y passent, ou presque) : avoir la chair de poule, faire un froid de canard, dire qu’il y a anguille sous roche, ou baleine sous grain de sable, entre chien et loup, ĂŞtre connu comme le loup blanc, ĂŞtre fier comme un paon, pleurer des larmes de crocodile…

25- Passer du coq Ă  l’âne

Sens : passer d’un sujet Ă  un autre qui n’a rien Ă  voir, sans transition.

La tradition attribue cette expression aux frères Grimm dans le fameux conte des Musiciens de BrĂŞme dans lequel quatre animaux rejetĂ©s, un âne, un chien, un chat et un coq unissent leurs forces et s’assurent une vie paisible. Il semblerait toutefois qu’elle soit encore plus ancienne. Les alĂ©as de la tradition orale.

Pour conclure et aller plus loin

Les expressions idiomatiques enrichissent donc la langue et rĂ©vèlent toute sa crĂ©ativitĂ©. Sans prendre la grosse tĂŞte, nous espĂ©rons que cet article vous aura plu, sans ĂŞtre tombĂ© dans vos recherches et lectures comme un cheveu sur la soupe. Et si le sujet vous intĂ©resse, nous vous conseillons vivement la lecture de 200 drĂ´les d’expressions d’Alain Rey (Le Robert, 2015).

Ă€ retenir

Les expressions idiomatiques donnent une certaine couleur à notre langue, mais leur sens n’est pas littéral. Elles viennent de l’histoire, de l’oralité et du quotidien, et se mémorisent en les rencontrant (et les utilisant) dans la vie courante. Parmi elles, on trouve :

  • Expressions imagĂ©es : tournures frĂ©quentes pour Ă©voquer Ă©motions, maladresses ou situations marquantes.
  • Expressions anciennes : hĂ©ritĂ©es de traditions et de modes de vie rĂ©volus, souvent liĂ©es au monde rural ou religieux.
  • Expressions drĂ´les : formules familières et mĂ©taphoriques qui jouent sur l’exagĂ©ration ou l’absurde.
  • Expressions animales : images inspirĂ©es du comportement des bĂŞtes pour parler des relations humaines.
Sébastien Larousse
Sébastien Larousse
Chargé de missions pédagogiques chez Acadomia
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Les réponses à vos questions

Si vous n’y trouvez pas la réponse à votre question, n’hésitez pas à nous contacter

Voici, en plus de celles déjà évoquées plus haut, quelques-unes des expressions françaises les plus répandues :

  • Avoir le bras long (avoir de l’influence).
  • Mettre la main Ă  la pâte (participer activement).
  • ĂŠtre dans les choux (ĂŞtre dernier, perdant).
  • Avoir la tĂŞte dans les Ă©toiles (ĂŞtre rĂŞveur).
  • Prendre ses jambes Ă  son cou (s’enfuir rapidement).

La langue française regorge aussi d’expressions qui prĂŞtent Ă  sourire par leur cĂ´tĂ© absurde. Nous en avons prĂ©sentĂ© quelques-unes. En voici d’autres :

  • PĂ©daler dans la semoule (faire des efforts inutiles).
  • ĂŠtre comme une poule qui a trouvĂ© un couteau (ĂŞtre embarrassĂ©).
  • Avoir les yeux plus gros que le ventre (ĂŞtre trop gourmand).
  • ĂŠtre chocolat (ĂŞtre dupĂ©).
  • Avoir un petit vĂ©lo dans la tĂŞte (ĂŞtre un peu fou).

Sa rĂ©ponse repose sur la logique, et se transmettrait depuis le temps de Charlemagne. C’est son conseiller Alcuin qui en serait Ă  l’origine.

Le paysan passe d’abord avec la chèvre en laissant le loup et le chou sur la rive (voyage n°1). Il revient chercher le loup, le dépose de l’autre côté puis il ramène la chèvre (voyage n°2). Il la laisse et passe le chou (voyage n°3). Enfin, il revient prendre la chèvre (voyage n°4).