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Mon ado ne sait pas ce qu’il aime

Article publié le 23 juin 2020 (mis à jour le 30 avril 2024) - 0 commentaires
10 minutes
Beaucoup de parents s’inquiĂštent des difficultĂ©s d’orientation de leur ado, qu’ils mettent trĂšs souvent en lien avec ses difficultĂ©s Ă  trouver ce qu’il aime. Est-ce effectivement un problĂšme ?

Beaucoup de parents s’inquiĂštent des difficultĂ©s d’orientation de leur ado, qu’ils mettent trĂšs souvent en lien avec ses difficultĂ©s Ă  trouver ce qu’il aime. Est-ce effectivement un problĂšme ?

C’est un problùme et ce n’en est pas un à la fois


C’est un problĂšme, parce que oui, se connaĂźtre soi-mĂȘme, ses propres goĂ»ts, ses passions, voire ses rĂȘves, savoir ce qu’on souhaite vraiment – plutĂŽt que de rĂ©pondre de maniĂšre plus ou moins consciente aux attentes et aux souhaits de l’entourage, comme c’est parfois le cas -, est un Ă©lĂ©ment clĂ© dans la construction de l’orientation et plus tard d’un parcours professionnel Ă©panouissant.

Et en mĂȘme temps non, ce n’est pas trĂšs grave, parce que la plupart des ados passent par lĂ . A l’ñge oĂč se forge l’identitĂ©, Ă  l’ñge aussi du plein dĂ©veloppement, de l’évolution, de tous les possibles, mais oĂč on manque encore d’expĂ©rience de la vie et des autres, on a bien du mal Ă  dĂ©finir qui on est et ce qu’on aime. C’est d’ailleurs pour cela que chez certains ados les bilans psychologiques ou d’orientation ont immĂ©diatement un effet bĂ©nĂ©fique, mĂȘme s’ils ne donnent pas toujours de solution clĂ© en main : mieux cerner qui on est, c’est dĂ©jĂ  ĂȘtre plus conscient de ses spĂ©cificitĂ©s et de ses points forts, et ĂȘtre plus serein face aux choix.

Alors oui, il est vrai que chez certains adolescents cela peut prendre plus de temps, et qu’un accompagnement, quel qu’il soit, est parfois nĂ©cessaire pour les aider Ă  penser sur eux-mĂȘmes pour mieux cerner leurs besoins, et leurs motivations de vie et de devenir.

Comment peut-on accompagner ces adolescents dans leur réflexion ?

Le point primordial est d’avoir une posture absolument ouverte, sans jugement sur les goĂ»ts ou les capacitĂ©s de l’adolescent. En effet, beaucoup d’ados tendent Ă  refouler ou inhiber l’expression de leurs goĂ»ts ou prĂ©fĂ©rences d’orientation, par manque de confiance en eux : s’ils doutent, s’ils se disent que ce n’est pas possible (ou que quelqu’un risque de leur dire que ce n’est pas possible, ou pas souhaitable), alors ils mettront hĂ©las de cĂŽtĂ© leur projet ou leur attirance, comme s’il n’avait jamais existĂ© !

Parmi ce qu’il est possible de faire facilement, on peut par exemple inverser le problĂšme, en demandant Ă  l’adolescent de penser d’abord Ă  ce qu’il n’aime pas, aux mĂ©tiers ou aux activitĂ©s qui ne l’attirent pas du tout : c’est plus aisĂ©, moins impliquant, et permet dĂ©jĂ  de rĂ©flĂ©chir en creux Ă  ce qu’on aime !

On peut Ă©galement l’aider Ă  rĂ©flĂ©chir Ă  ses prĂ©fĂ©rences sur des plans trĂšs diffĂ©rents : quelles matiĂšres scolaires ? quelles activitĂ©s (plus ou moins quotidiennes) ? quels mĂ©tiers ? quels lieux ? quel genre de personnes ? quel genre de vie ? 


D’ailleurs, plus gĂ©nĂ©ralement, tout travail Ă©motionnel de prise de conscience des moments de sa vie oĂč on se sent bien, de ses activitĂ©s « ressources », participe chez l’adolescent de cette prise de conscience de ce qui engendre de la satisfaction. Le repĂ©rage des Ă©motions positives, fussent-elles de petites Ă©motions de la vie de tous les jours, aide l’enfant Ă  ĂȘtre plus Ă  l’écoute de lui-mĂȘme, et le prĂ©pare donc indirectement Ă  une « meilleure » orientation.

Avec certains adolescents aussi, le problĂšme n’est pas tant qu’ils n’aiment rien, mais plutĂŽt qu’ils sont attirĂ©s (sans forcĂ©ment persister longtemps dans leur intĂ©rĂȘt) par beaucoup de choses diffĂ©rentes, dans des domaines variĂ©s : cela s’appelle la curiositĂ©, et cela les aidera sans doute dans leur parcours ! Avec ces ados-lĂ , l’enjeu est davantage de leur donner une forme de recul sur la situation, ainsi qu’un cadre de rĂ©flexion, voire quasiment une mĂ©thode, pour leur permettre de mettre de l’ordre dans leur pensĂ©e.

Et si rien de tout cela n’a marchĂ©, ce peut ĂȘtre aussi parce que l’ado a besoin d’ĂȘtre accompagnĂ© par un tiers extĂ©rieur Ă  la famille, qui lui procurera l’espace d’expression dont il a besoin !

Et si ça ne fonctionne dĂ©cidĂ©ment pas
 comment faire, alors ?

Tout d’abord, dĂ©dramatiser
 L’idĂ©e que l’ado devrait avoir une passion est assez cousine de celle selon laquelle il serait « prĂ©destinĂ© » pour un mĂ©tier. Or le coup de foudre est rarement vrai en matiĂšre d’orientation ! C’est souvent par un jeu d’expĂ©riences et d’approximations successives que le jeune adulte aboutit Ă  une activitĂ© qu’il aime, ou du moins qu’il aime « suffisamment ». Il n’y a donc aucune nĂ©cessitĂ© d’avoir a priori une passion particuliĂšre pour avoir une vie professionnelle satisfaisante.

Mais attention
 Si l’adolescent se replie sur lui-mĂȘme, et semble ne pas apprĂ©cier non plus les petites choses simples de la vie comme voir des amis, sortir pour une balade, aller boire un verre, faire un jeu de sociĂ©tĂ© ; si encore il a du mal Ă  se rendre en cours, a des problĂšmes de sommeil, est fatiguĂ©, ou a restreint tout son centre d’intĂ©rĂȘt sur les jeux vidĂ©o ; alors c’est peut-ĂȘtre une pĂ©riode dĂ©pressive, et c’est peut-ĂȘtre pour cela qu’il n’a goĂ»t Ă  rien. Chez les 12-18 ans, ces symptĂŽmes passent parfois inaperçus, car on les met sur le compte de l’adolescence. Or l’adolescence n’est pas en soi une pĂ©riode dĂ©pressive ! Dans cette situation, il convient de consulter un psychologue ou un psychiatre pour traiter les affects dĂ©pressifs, et c’est par la suite qu’on pourra rĂ©-envisager sereinement l’orientation.

C’est entre autres pour cela que les psychologues ont tout leur rĂŽle Ă  jouer dans l’orientation : aller voir un psychologue de l’orientation plutĂŽt qu’un autre intervenant permet de ne pas passer Ă  cĂŽtĂ© de ce genre de situation, et d’éviter de s’acharner dans une direction qui n’est pas la bonne, puisqu’elle n’est pas adaptĂ©e Ă  la fragilitĂ© de lâ€˜Ă©tat de l’adolescent Ă  un instant T.

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