Filles & maths : comment bouger les clichés et faire bouger les chiffres ?
À retenir
Céline Steyer et Marie Raichvarg analysent pourquoi les filles se détournent des filières scientifiques et comment inverser la tendance. Elles interrogent les racines sociétales, les mécanismes psychologiques et proposent des pistes d'action pratiques pour les parents et pour les enseignants.
- Les écarts de résultats apparaissent très tôt et se renforcent au fil de la scolarité.
- Les stéréotypes culturels et les rôles modèles manquants alimentent l'autocensure.
- Des mécanismes psychologiques comme la « menace du stéréotype » biaisent les performances.
- Des actions concrètes peuvent redonner confiance : rôles modèles, valorisation du « faire » scientifique et langage parental.
Ces éléments montrent qu'il est possible, étape par étape, de faire évoluer les chiffres et les choix d'orientation.
Des écarts chiffrés qui s'installent tôt
La première idée évoquée est que les différences de performances en mathématiques apparaissent dès le primaire et se concrétisent par des choix d'orientation au lycée et dans le supérieur.
Les données essentielles
L'étude TIMSS 2023 met en lumière un écart de 23 points en mathématiques en faveur des garçons et de 8 points pour les sciences. La France présente l'un des écarts les plus marqués. Ces chiffres corroborent l'observation scolaire quotidienne.
Du lycée aux filières scientifiques
Au lycée, 42% seulement des élèves en spécialité mathématiques sont des filles, 33% choisissent l'option « maths expertes » et 37% combinent maths et physique en terminale. À l'entrée dans l'enseignement supérieur, les femmes représentent environ un quart des nouveaux entrants en écoles d'ingénieurs et du numérique.
Quand les aspirations divergent
Un sondage Acadomia / Institut Odoxa indique que les jeunes filles rêvent davantage de métiers tels que vétérinaire, médecin ou enseignante : des vocations scientifiques existent, mais elles se traduisent différemment en termes d'orientation.
Racines sociétales et stéréotypes genrés
L'environnement a son rôle à jouer dans le façonnement des représentations et les attentes. Et ce, dès la petite enfance.
Images, jouets et récits
Dès la naissance, les stéréotypes se diffusent par les jouets, les vêtements et les histoires. L'exemple du microscope dont le packaging montre un garçon en blouse illustre comment les rôles sont inscrits dans les objets du quotidien.
Rôles modèles absents ou datés
On cite souvent Marie Curie ou Ada Lovelace comme figures uniques. Or, des femmes contemporaines comme Mariam Mirzakhani (médaillée Fields) n'ont été reconnues que très récemment et restent peu mises en avant, réduisant le champ des possibles pour les jeunes filles.
Valoriser d'autres visages des sciences
Il est utile de montrer que la science se cache aussi dans des métiers inattendus : Violette Dorange, navigatrice et diplômée d'école d'ingénieurs, illustre que la navigation mobilise des compétences mathématiques concrètes.
Mécanismes psychologiques et pédagogiques
Puis, il faut comprendre les mécanismes qui font chuter la confiance en mathématiques chez les filles.
Des tests comme celui de Rey-Osterrieth montrent que le simple cadrage d'un exercice (géométrie vs dessin) modifie les performances : si l'activité est présentée comme mathématique, les filles performent moins bien, signe d'une anxiété induite par le stéréotype.
Un autre protocole, le test verbal-maths, révèle que l'ordre des exercices a une influence sur les résultats : faire d'abord un exercice de français puis de mathématiques améliore les performances des filles en maths comparé à l'ordre inverse.
Sur le terrain, les garçons prennent plus souvent la parole et risquent des réponses même incertaines, tandis que les filles attendent d'être sûres, ce qui impacte leur apprentissage et la perception que les adultes ont de leurs aptitudes.
Actions concrètes pour les parents et l'école
Enfin, Céline Steyer propose des leviers pratiques pour accompagner les adolescentes et réduire l'autocensure.
- Changer le récit familial – Les mots des parents comptent : éviter les étiquettes « nul en maths » et valoriser l'effort permet de lutter contre les croyances limitantes. Le langage parental doit encourager plutôt que définir.
- Multiplier les rôles modèles accessibles – Faire rencontrer des femmes scientifiques autour de vous, ou présenter des proches exerçant un métier scientifique, rend les parcours tangibles et moins intimidants pour les adolescentes.
- Donner du sens aux mathématiques – Montrer que les mathématiques sont présentes partout (sport, navigation, architecture) donne du sens et atténue l'idée que les sciences sont réservées à l'élite.
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